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EURL E-CHOPPES
"Le Bistrot du Curé - Une aventure au service de l'emploi"

Voici 5 ans, suite à une interpellation du responsable des parents d’élèves des Feuillants, une cellule d’emploi a été lancée à Poitiers avec le soutien des anciens élèves. Une fois par mois, un groupe d’animateurs ou de « coachs » se retrouve au « Lovemoney café », bistrot de la rue Carnot pour deux heures de rencontre pour guider sur le chemin de l’emploi. La réussite est fragile avec un petit nombre de chercheurs d’emploi (une dizaine au maximum) des habitués qui représentent une moitié et une autre moitié que nous ne reverrons pas, même s’ils semblent heureux d’avoir pu, voir du monde, pris le temps du partage et du « coup de gueule ». Sans faire partie d’un réseau national, le bistrot du curé reprend des idées de l’association « Actes » présente à Paris et à Bordeaux, et le sens de la responsabilité de chaque salarié, que j’ai trouvé au Mouvement des Cadres Chrétiens (M.C.C.). Les animateurs ont aussi tissé des liens avec les autres organismes d’aide à l’emploi, souvent décriés, mais dont la critique continue enferme souvent les chômeurs.

Après deux ans, le déroulement s’est rôdé, avec un tour de table de présentation avec « le curé » derrière le bar. Puis un témoin, souvent sans compétence particulière, mais aimant son travail se présente et décrit ses différents postes et les choix qu’il a posé, les opportunités qui se sont présentées. Les professionnels de l’emploi (membres de la mission locale, syndicalistes…) n’interviennent qu’une fois sur trois. Après un temps de débat, occasion pour les chômeurs de poser des questions, les animateurs se répartissent pour que chaque chercheur d’emploi aie un interlocuteur pour un temps d’échange deux à deux, la principale demande est celle des carnets d’adresse que nous ouvrons facilement. Il n’en reste pas moins que le suivi est l’aide principale que nous voulons apporter.


Un titre qui fait mouche.

Le titre « bistrot du curé », a valu au départ, une côte de sympathie importante avec un bon relais auprès des médias, les journalistes aiment apporter une information positive et refléter les initiatives locales. Chaque année, les médias locaux glissent un article,  comme suivi de ces rencontres, et il est rare que sur trois rencontres, il n’y en ai pas une avec un journaliste venu pour prendre une anecdote; c’est l’occasion de mettre en valeur un chercheur d’emploi et de lui laisser la parole. L’initiative est perçue soit, comme religieuse, avec une perception réelle de la doctrine sociale de l’Eglise, soit comme un lieu semblable à d’autres, où se retrouvent des gens en toute convivialité.

Le nom a été changé en février 2010, (le Bistrot de l’emploi) pour éviter le confessionalisme, et a réellement permis de ratisser plus large et d’être présent au « Pôle Emploi ». Il n’en reste pas moins que les animateurs aiment travailler avec un prêtre, et se sentent comme « fidèles » plus ou moins pratiquants.



Le sens du travail :

« La paresse est la mamelle de tous les vices » apprenait-on à l’école. Notre conviction est que chacun peut travailler et mérite un travail. L’aspect financier,  devient second, car beaucoup de salariés attendent de la reconnaissance du travail effectué, et c’est normal. Ces rencontres mensuelles donnent de l’assurance à des chercheurs, qui ne reçoivent que des réponses négatives à leur courriers. Ceci leur permet aussi de sortir de chez eux, élément essentiel car les entretiens sont rares, et ils ne peuvent se confronter à d’autres, parler de leurs problèmes ou de leurs soucis et des difficultés de tous ordres qu’ils rencontrent. 

La rencontre de plus de 300 chômeurs dans l’année au « Bistrot », fait découvrir la diversité du marché de l’emploi.  Si les conditions de la recherche sont difficiles pour tous, les cas sont bien différents. Il y a les étudiants qui finissent leurs études et cherchent un stage, il y a ceux qui divorcent et veulent changer de ville, les femmes qui se remettent à travailler, et parfois même l’on voit, un propriétaire de magasins qui a vendu son pas de porte, et qui veut trouver un travail pour assurer ses cinq dernières années de cotisation. Les étrangers savent qu’ils ont besoin d’un réseau, et ils arrivent avec des situations délicates en ce qui concerne les papiers, en séjour temporaire,  en situation irrégulière… Notre conviction est que chacun a des qualités propres et peut donc trouver une place spécifique et un employeur qui sera heureux de collaborer avec lui. Certains portent aussi des fragilités, qui méritent un avis de professionnels de santé. Rares sont ceux qui sont exclus, mais notre volonté est de s’adresser à des gens ordinaires, qui recherchent véritablement un travail. Il est sûr que parfois certains ont besoin d’un suivi social, qui peut être assuré par une assistante sociale. 



Des pistes pour l’avenir :

Nous voyons arriver également des étudiants qui ont besoind’un stage, pour valoriser leurs études. Si toutes les écoles demandent uneexpérience professionnelle, la multiplication des statuts crée un morcellementdu marché de l’emploi. Un suivi particulier serait nécessaire, pour l’instant,nous ne pouvons l’assurer.

 

La demande des médias, est celle de témoignages de retour  à l’emploi. Bien sûr, nous demandons auxpersonnes reçues au « Bistrot », de nous informer quand ilsretrouvent un travail. Ils le font pour la moitié d’entre eux. C’est égalementlà aussi une éducation à parfaire, car nombreux sont ceux qui viennent prennentun carnet d’adresses, sans nous remercier et sans nous tenir informés de la suiteou sans nous donner écho, de ce qui s’est passé. Le fonctionnement de certainsest très utilitariste, un peu à l’image de notre société individualiste. 

 

Après l’été, nous reprendrons pour une saison supplémentaire.Les bonnes volontés sont accueillies et surtout les anciens élèves, peuventêtre le relais auprès de ceux qu’ils connaissent, car notre société n’est pasque tournée vers l’exclusion. Comme chrétiens, montrons que les initiativessont nombreuses dans ce domaine. Il y a de la place pour d’autresbistrots ! ! !

Père Jérôme de la Roulière - Mars 2010