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EURL E-CHOPPES
Georges DURET - La publication des "Cahiers" -
Si j’avais entendu parler de cette initiative des « Cahiers », à la vérité,je la connaissais mal. C’est l’Abbé BARDEAU qui eut un jour la délicatesse- et l’amitié - de me donner sa précieuse collection complète de ces fameux «Cahiers» de l’Abbé Georges DURET. Comme je regrette de ne lui avoir pas davantage manifesté ma gratitude, tant le cadeau qu’il m’a fait est difficilement estimable, intellectuellement parlant. Et c’est à peu de temps de là qu’il me donna son témoignage sur le Chanoine Georges DURET.
Mais qui était l’abbé BARDEAU ?L’abbé BARDEAU avait été notre professeur d’anglais au collège Saint-Stanislas. C’était un homme de petite taille, affligé d’une myopie telle qu’avec les années, il était devenu quasi aveugle. C’était au point d’être obligé d’avoir un surveillant pour pouvoir faire sa classe, étant en effet incapable d’obtenir par lui-même l’ordre et le silence, ne distinguant personne. Mais, l’abbé BARDEAU en dépit de quelques lapsus, restés célèbres chez les élèves («il l’attrapit et le mordut »), était un homme d’une grande culture littéraire et très bon. Ne pouvant lire pour continuer à se cultiver, ce qui était pour lui un grand sacrifice, il s’étaité quipé d’un appareil radio où il savait trouver des conférences, des pièces de théâtre ou des entretiens de qualité. Lorsqu’il y avait une émission sortant de l’ordinaire, il savait en faire profiter le chanoine DURET, son voisin de chambre.
De son côté, le Chanoine DURET avait fait appel à l’abbé BARDEAU,pour collaborer à cette initiative, dont il y a lieu de parler maintenant.Le chanoine DURET avait eu très tôt connaissance de l’oeuvre de PEGUY, sans que l’on sache comment, ses amis interrogés trop tardivement n’ayant pu trouver de réponse. Il avait été immédiatement conquis par l’ oeuvre et la personnalité de cet auteur. De toute évidence influencé par les « Cahiers de la Quinzaine » de PEGUY, l’abbé Georges DURET (il ne sera chanoine que beaucoup plus tard) eut l’idée de publier à partir de 1917, une « Série préparatoire aux Cahiers pour les Professeurs catholiques de France ». Et dans ce premier Cahier, il expliquait qu’il s’agissait de livraisons consacrées chacune à « un même sujet » pour des professeurs (chaque cahier faisant par sa nature,oeuvre d’enseignement), avec le souci de la « probité technique » et de« l’ordre vrai du réel ». Or l’ordre vrai du réel, c’était « toute la nature informée de toute la grâce ».
En fait, il s’est agi effectivement de cahiers de format 14/22, d’une trentaine de pages au maximum chacun, tous écrits en fine écriture de la main même de l’abbé DURET et reproduits par lithographie. Ce fut le premier procédé de reproduction d’un texte en dehors de l’imprimerie.Il va de soi que la moindre imperfection du texte original était reproduite sur toutes les feuilles de papier elles-mêmes (comme aujourd’hui avec la photocopie). Quand on examine ces « Cahiers », on reste confondu d’admiration devant la régularité de cette fine et nette écriture, sans jamais la moindre bavure, la moindre reprise, sans aucun dépassement dans aucune direction, le moindre tremblement, le moindre jambage erroné. Tout cela est impeccablement aligné, espacé,aéré d’un bout à l’autre du Cahier. Un jour, l’abbé DURET m’a confié qu’il lui avait fallu parfois une heure pour calligraphier les 39 lignes d’une page. Quand on considère l’ensemble des 34 cahiers publiés au cours des sept années qui se sont suivies, on a du mal à imaginer la somme de travail de simple copie que cela représente.
Certains de ces « Cahiers », sont l’ œuvre d’amis de Monsieur DURET comme le Père BRUNETEAU, philosophe et son ex-professeur, comme Monsieur CHARLIER, sculpteur élève de RODIN et philosophe, comme le savant abbé AIGRAIN, etc…. la quasi totalité des autres sont de l’Abbé DURET lui-même. A ce travail de copiste, s’ajoutait donc celui de la réflexion, de la recherche et de la composition
cahier_georges_DURETDes amis, comme l’abbé BARDEAU avaient proposé à Monsieur DURETde l’aider pour ce travail de copiste. Mais il avait toujours refusé,tenant à ce que le tout constitue une unité se présentant toujours de la même façon. Par ailleurs, comme c’était lui également qui rétribuait de ses propres deniers le lithographe, il refusa toujours une aide financière de qui que ce fût, refusant même toute idée d’abonnement. La diffusion des 200 à 300 exemplaires que représentait chaque« Cahier », était aussi à ses frais, bien qu’il n’ait jamais été très riche.Quant à la valeur intellectuelle de cette œuvre, elle est de premier ordre, largement de niveau universitaire. Il y a là des études approfondies sur Pascal, Socrate, Origène, Saint Paul, Saint Jean, Corneille....des considérations sur les arts plastiques, des propositions sur la technique générale etc… qui n’ont d’aucune façon vieilli.

Comment ne pas signaler tout spécialement le Cahier N°7 de la seconde année, intitulé « L’enfance spirituelle de Pierre Peccator » ? Il s’agit d’une autobiographie de l’enfance de Georges DURET. C’est une fine analyse de la découverte par l’enfant du monde sensible et des réalités surnaturelles, émouvante et écrite dans une langue inimitable. Il y a là en outre,une résonance chrétienne qui ne peut échapper au lecteur le plus insensible. On était arrivé à la 7ème année de ces Cahiers, donc en 1924, quand Mgr de DURFORT, évêque de Poitiers, « retira la permission de continuer cette œuvre ». Ce fut un coup particulièrement douloureux pour l’abbé DURET, mais comme à son habitude il se soumit humblement sans la moindre résistance. Il écrivit alors simplement à ses lecteurs : «Le dernier cahier finissait sur un texte de l’un de nos maîtres, nous rappelant qu’il faut être plus que patient, qu’il faut être abandonné. Ce que nous transcrivions il y a trois mois, il nous est demandé de le pratiquer aujourd’hui ». Et l‘abbé DURET arrêta purement et simplement sa publication, sans ajouter un mot. Ce fut une lourde perte pour la pensée chrétienne et pour la pensée tout court.

La collection complète des Cahiers est déposé avec d’autres écrits de Monsieur DURET à la bibliothèque diocésaine, aux Archives Diocésaines de Poitiers. Mais il est bon de savoir que les Archives Départementales de la Vienne possèdent également un important dépôt concernant Monsieur DURET. Les deux dépôts se complètent.