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EURL E-CHOPPES
Georges DURET - Collaboration à la "Revue de l'Enseignement chrétien" -
Serait-ce à l’occasion du Centenaire de la liberté de l’enseignement que Georges DURET aurait été amené à rédiger une étude sur« L’enseignement chrétien par la classe » ? Ce n’est pas invraisemblable,mais il est impossible de l’affirmer. En tout cas, il y a là une étude fouillée s’étendant sur une quinzaine de pages qui apportent la justification de la vocation de « prêtre-enseignant », qui était celle de Georges DURET. Mais ces pages ont en outre, cette originalité de montrer que c’est par les matières enseignées elles-mêmes (Lettres,Philosophie), que l’on peut former des chrétiens.
Serait-ce cette étude, qui aurait provoqué chez Mgr de DURFORT un changement d’attitude à l’égard de Georges DURET, lui écrivant le 28 juin 1931, que désormais il le comptait « parmi les chanoines honoraires de sa cathédrale » ? Et l’évêque ajoutait que c’était à l’occasion du Centenaire de la liberté d’enseignement, et «pour les services rendus dans le professorat, pendant tant d’années».
Mais cette étude avait été connue du Directeur de la « Revue de l’enseignement chrétien », qui la publia dans ses numéros d’Avril, Mai, Juin,et Juillet 1931. Ce fut le début d’une collaboration qui devait durer dix ans. C’est une trentaine d’études que Georges DURET lui fournira en effet, sur des questions aussi variées que : « La pédagogie philosophique», « Les intuitions humaines », « L’objet mathématique », « Le problème moral de la colonisation », « Le devoir de sincérité »,« Qu’est-ce que la psychologie scientifique » etc….
Cela lui demandait un temps de réflexion et de rédaction non négligeable, bien qu’il eut une facilité considérable. Étant donné que sa notoriété n’avait fait que croître, on lui demandait également une contribution pour des ouvrages de base comme « Ecclesia » ou« Liturgia ». Il y a là des pages comme « Le génie de la liturgie » qui sont parmi les meilleures de son œuvre.
Georges DURET - Le poète -
Entre temps, il publiait certaines de ses œuvres poétiques, car il était poète, usant de tous les rythmes et de toutes les sonorités : « L’heure de Prime » en 1930, « Mil neuf cent seize » en 1932, « La matinée pensive» en 1936, et « Accents » en 1942.Et il entretenait une importante correspondance, tant pour une direction spirituelle que pour des échanges intellectuels avec des personnalités de premier plan, telles que CLAUDEL, MARITAIN, BLONDEL,CHAIGNE, Francis JAMMES etc…Si le chanoine DURET fut essentiellement enseignant, sa sensibilité était si vive qu’elle le conduisit tout naturellement vers la poésie. Ce qui était d’ailleurs pour lui une autre façon d’enseigner. Ouvrons ici une parenthèse sur le poète.
Quand on prend connaissance de cette œuvre poétique, finalement courte, on est très surpris de constater qu’une quantité appréciable de sujets sont écrits en diptyques ou en vers trisyllabiques, donnant l’impression de proverbes s’inspirant de la sagesse populaire, ou même de la sagesse tout court. Que l’on en juge par ces quelques exemples, tous tirés de « La matinée pensive» :
            Fou puissant,               Cinquante ans de charrue,
            Boue et sang.              Qui dételle se tue.
            Livre plein                    A l’homme chaste
            Huche à pain.              La maison vaste  Etc....
Mais l’on ne sera pas moins étonné, de trouver des alexandrins ayant la fermeté des sentences cornéliennes. Ainsi toujours dans « La matinée pensive » :
« Obéir est exploit de noblesse et d’amour. »
ou encore :
« La loi monte la garde et l’on ne passe pas. »
ou également :
« Un homme veut d’abord ce qui d’abord importe. »
Mais on ne connaîtrait pas le poète Georges DURET, si l’on ne faisait pas état de maints passages, où l’on retrouve les aimables badinages de la Renaissance. Ainsi dans « L’heure de prime » :
« Les demoiselles libellules
Déjà pullulent
Sur les étangs pleins de soleil. »
« Petit grillon, dans ses tranchées
De sa trachée
Boit à longs traits le jour vermeil ».
Mais on ne saurait oublier non plus, la grande inspiration classique dans ce bel alexandrin :
« La plaine d’or frémit au vent des îles glauques. »
Si restreinte que soit son œuvre poétique, on ne serait pas pardonnablede n’en pas souligner toute la profondeur. Et il est dommage de neplus pouvoir la trouver désormais que dans les bibliothèques.
Refermons cette parenthèse.
Entre temps aussi, on le demandait en ville, ici pour prêcher, là pour faire une conférence, ailleurs pour faire entendre une œuvre musicale. Comme Saint François de Sales, il ne savait pas refuser un service. Même s’il avait une grande facilité d’élocution, il n’en reste pas moins qu’il préparait toujours à l’avance ses interventions et cela en marchant,comme les Péripatéticiens de la Grèce antique; de sorte que l’on a aucune trace de ces interventions qui étaient grandement appréciées.
Son dévouement pour la cause de l’enseignement chrétien a été irréprochable.Et il était connu dans toute la France.Par l’abbé BARDEAU qui nous a fourni tant de détails intéressants, nous savons qu’il calquait sa vie, autant qu’il le pouvait, sur celle des religieux,travaillant et se détendant aux mêmes heures que les élèves. Il soutenait que l’on doit, dès le premier coup de cloche, arrêter immédiatement son travail par obéissance, ou le reprendre au moindre signal donné. Sa vie était calquée sur la vie monacale, ainsi qu’on le verra plus loin.
Georges DURET - Sa bibliothèque -
Il n’est pas possible de ne pas évoquer cette question. Sa chambre était une accumulation de livres, garnissant intégralement du sol au plafond, trois murs de sa pièce unique, ainsi que la petite entrée d’environ deux mètres de long sur un peu plus d’un mètre de large. Deux portes donnaient l’une sur le couloir, l’autre sur la chambre elle-même. Si celle donnant sur le couloir était toujours ouverte, celle donnant sur sa chambre était toujours fermée. On ne peut pas ne pas se rappeler, que lorsque l’on frappait à cette porte, la réponse que l’on entendait, était invariablement celle-ci : « ouvrez », où le « r » était légèrement roulé. Cette entrée était tout aussi encombrée de livres que le reste de la pièce.
Le seul mur de sa chambre, où il n’y avait pas de livres, était occupé par un misérable petit lit, une table de toilette sans eau courante et une petite armoire pour son linge. Au centre de la pièce un pauvre bureau,près duquel était placée sa chaise et pour le visiteur l’unique fauteuil, tout aussi inconfortable.
Il y avait bien aussi un petit poêle, mais celui-ci n’était jamais allumé, étant recouvert de piles de livres, comme il en existait à plusieurs endroits de la pièce, à même le sol devant les rayonnages, bourrés eux mêmes de livres posés à plat, sur ceux qui étaient debout.
Cette bibliothèque, qui devait compter plusieurs milliers de volumes impressionnait dès qu’on la voyait. C’était sa seule richesse, non de valeur vénale, tout étant broché, mais de valeur intellectuelle (littéraire et philosophique) et spirituelle.
Sachant qu’il était recherché par les Allemands, en raison de sa« résistance », il avait fait don de sa bibliothèque au Collège. Or, quand il fut arrêté et emmené en Allemagne, cette magnifique bibliothèque fut littéralement pillée de façon scandaleuse, tout le monde venant se servir, sans que personne ne réagisse, m’a-t-on dit, moi-même étant alors prisonnier de guerre. Perte irrémédiable et « fait divers » peu glorieux…
Quoiqu’il en soit de ce méfait, s’il l’avait su, il est probable qu’il n’aurait pas réagi, se rappelant avec Pascal qu’une bibliothèque n’appartient qu’aux grandeurs de l’esprit et que les grandeurs de l’esprit ne sont rien devant les grandeurs de la charité.