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EURL E-CHOPPES
L'esprit de résistance
Je n’ai jamais connu la guerre. Mes seuls souvenirs de violence étant les évènements de Mai 68, où, enfant, les émeutiers se battaient dans la rue où j’habitais avec mes parents et l’on entendait la nuit le bruit des grenades lacrymogènes. Ces bruits furent cependant suffisants pour demeurer présents dans ma mémoire. J’imagine, à fortiori, que ceux et celles d’entre-vous qui ont connu la guerre, les bombardements,les emprisonnements, les exécutions, les déportations sont certainement bien plus imprégnés que moi de ces souvenirs de violence.
Si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est pour commémorer la mémoire des membres du Réseau Renard qui sont morts pour l’idéal qu’ils défendaient, l’idéal de paix et de liberté qui était le leur.
A une époque où l’on ne cesse de reprocher aux plus jeunes de ne pas s’investir, un tel geste ne peut que nous interpeller, nous déranger,nous remuer : désirer mener un combat au point de donner sa vie pour celui-ci, trouver une cause suffisamment importante pour être prêt à verser son sang, avoir un esprit, non pas de servitude, mais de résistance.

Je regrette finalement qu’aujourd’hui nous soyons entre-nous : je suis là pour célébrer et, tous et toutes, vous avez dans la mémoire les visages, les noms de ceux qui ont donné leurs vies.
Il aurait été bien que des plus jeunes soient là, que d’autres personnes comme moi qui n’ont jamais connu la guerre soient là pour comprendre que dans la vie tout n’est pas acceptable et que l’on ne peut pas vivre dans la résignation.
Vous avez connu une France occupée, les générations qui vous succèdent connaissent une France qui cherche l’abondance et qui pourtant connait la crise.Une question est alors venue à mon esprit : l’esprit de résistance qui a animé ceux dont nous commémorons la mémoire, ne doit-il s’activer qu’en cas de guerre ? Ou bien cet esprit de résistance doit-il constamment nous animer, même nous, aujourd’hui, en 2011 ?
Les ennemis d’hier s’entendent désormais et les pays qui se battaient,ne se battent plus, ou, du moins, plus de la même manière. Laguerre est devenue économique, plus cachée, plus discrète, et pourtant,nous le savons, elle laisse chaque année son lot de victimes.
Si dans certains pays d’Afrique, du fait de la spéculation sur le prix du blé et des matières premières, des hommes et des femmes sont condamnés à mourir de faim, nous savons aussi que dans nos pays si riches (20% de la population mondiale !), un certain nombre de personnes connaissent la pauvreté, voire la grande pauvreté. Je suis ainsi frappé chaque année de constater au niveau du presbytère Saint-Porchaire que de plus en plus de personnes demandent des aliments de première nécessité. De plus en plus de personnes nous confient qu’elles ne mangent pas à leur faim, qu’elles ne sont pas bien chauffées et qu’elles vont passer l’hiver avec parfois pour certaines d’entre-elles une température de leur appartement, de leur maison voisinant les 5° !
Oui, le combat est différent aujourd’hui, mais il me semble que ce qui animait les membres du Réseau Renard, à savoir l’esprit de résistance,devrait nous animer.
Aujourd’hui, on ne parle plus de « résistance », on parle « d’indignation», et j’avoue être extrêmement favorable à ce mouvement des indignés regrettant cependant que certains mouvements d’extrême gauche s’emparent de ce combat le politisant et en pervertissant l’intuition première.
S’indigner, ce titre de livre bien connu d’Hessel, est là pour rappeler ce que je disais tout à l’heure : tout n’est pas acceptable, et un Chrétien se doit d’être indigné.
Lorsque j’ai été ordonné prêtre, mon évêque m’a dit : « Patrice, un prêtre est un homme blessé, blessé par l’injustice, blessé par le malheur que traversent les autres, blessé par la souffrance de ceux et celles qu’il rencontre. Demeure à jamais blessé, ne te blinde pas. »
Je n’ai jamais oublié cette parole, mais les blessures que nous recevons tous, loin de nous affaiblir, doivent nous rendre plus fort et nous donner envie de changer le monde. Le message du Christ est clair : le monde doit changer, et les hommes doivent cesser de se battre, ils doivent s’entendre.
Le Christ n’a jamais cessé de prêcher l’amour, l’entente entre les personnes, nous invitant à chercher le sens de notre vie au-delà de nous même, comme l’ont fait les membres du Réseau Renard prêts à donner leur vie pour une cause supérieure à eux-mêmes. Ces drapeaux en sont les témoins, ce pour quoi ils sont morts ne les concernait pas seulement à titre individuel, car elle concernait toute la France.

Aujourd’hui, en 2011, il me semble que nous pouvons prier pour que cet esprit de résistance demeure vivant en l’homme, que nous n’acceptions jamais de nous résigner contre l’injustice, contre le mal, contrela guerre.

Résister, s’indigner constituent à mes yeux deux actions qui font de nous tous des artisans de paix
HOMELIE DU PERE GOURRIER
Samedi 3 Décembre 2011
Messe commémorative du Réseau Renard
en l’église Saint-Porchaire
Chaque 3 décembre est célébrée, à Saint-Porchaire, une messe pour le résean Renard suivie d’une cérémonie au cimetière de Chilvert. Cette année ce sera le lundi 3 décembre 2012.