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EURL E-CHOPPES
Les petites écoles
de nos vallées de Haute Savoie
Bernard LE ROUX est un ancien de St Stanislas-Saint-Joseph (1965-1976), tout
comme d’ailleurs ses deux frères et sa soeur, entrée par la suite dans la Communauté
du Verbe de Vie. Leur père Hubert LE ROUX est décédé il y a tout juste un an.
C’était un homme très attaché à l’enseignement catholique et qui a assuré de la catéchèse
à St Jo.
Bernard LE ROUX est quant à lui actuellement Directeur de l’usine de fabrication
de cloches située à Annecy, l’entreprise CAMPANUNA et son épouse est quant à
elle, institutrice dans l’enseignement libre. Il nous explique pourquoi il s’est intéressé,
depuis environ 15 ans, au sauvetage des petites écoles de montagne.
Pierre Gandon

                                                       
Originaire de Poitiers et installé depuis plus de quatorze ans en Haute-
Savoie, j’ai été amené à m’intéresser aux petites écoles catholiques isolées
du Diocèse en tant que responsable de l’UDOGEC(1). Les conclusions
de l’étude dépassent les simples de critères de gestion.
Qu’entendons nous par « petites écoles isolées » ?
Nous avons pris l’habitude de qualifier comme « écoles isolées » les
établissements scolaires du premier degré non rattachés, par leur
OGEC, à d’autres établissements du second degré ou autres. Certains
de ces petits établissements peuvent être regroupés au sein d’un
même OGEC.


Dans le diocèse de Haute-Savoie qui comprend également le Val
d’Arly (vallée de Savoie), nous comptons 32 de ces établissements
regroupés dans 27 OGEC. Cela concerne environ 3700 élèves, soit 37%
des effectifs du primaire du diocèse. La plus petite des écoles se trouve
dans une station de moyenne montagne : Crest-Voland et compte
une classe unique de 16 à 20 élèves suivant les années. C’est l’école
typique du film « Etre et Avoir » pour ceux qui ont eu la chance de voir
ce film.
Le qualitatif d’ « isolée » est lié généralement aux difficultés d’accès
en saison hivernale et à l’éloignement, limitant les visites des responsables
de la Direction de l’enseignement catholique d’Annecy ou le
déplacement des directeurs à des réunions. Par exemple, pour aller
visiter l’école de la Vallée d’Abondance situé à 109km d’Annecy, nous
devons compter au moins deux heures de route en bonne saison.
Pourquoi une étude réalisée sur ces petites écoles ?
Mobilisation des écoles autour de la circulaire
L’année scolaire 2005/2006 a mobilisé les responsables des écoles des
établissements du premier degré sur l’espoir présenté par la circulaire
N°2005-206 du 2-12-2005 relative au financement des dépenses de fonctionnement
des écoles pour les enfants dits « hors communes ». Mais le
recours auprès du Conseil d’Etat effectué par l’Association des Maires de
France en a différé son application et compromis même sa mise en oeuvre
avant les dernières élections. Le versement du forfait communal est pourtant
un élément essentiel du financement de nos écoles.
L’analyse des origines des élèves de nos petites écoles par communes
montre qu’une d’une part elles permettent à des enfants de plus de
82% des communes du département de pouvoir choisir l’enseignement
catholique mais d’autre part que les enfants hors communes représentent
de 20 à 50% des effectifs d’une école. Et seuls les enfants de la
commune sont financés par le forfait communal dans le cadre des
contrats d’association.
Revalorisation du salaire des directeurs du premier degré
Pendant cette même période, en mars 2006, un avenant a été signé au
niveau national (Commission Paritaire Nationale) pour revaloriser le salaire
des directeurs du premier degré. La conséquence est un doublement de
celui-ci échelonné sur 3 ans. Le Directeur Diocésain a suggéré la mise en
place au niveau diocésain d’un mutualisation de l’indemnité de direction
des chefs d’établissements du premier degré comme cela avait
déjà été fait pour l’indemnité de départ en retraite des enseignants.
Mais cette initiative a levé des réactions hostiles de la part de directeurs
d’établissements scolaires importants.
Aussi, avant de prendre toute mesure, le CODIEC (Conseil de
Direction de l’Enseignement Catholique) du diocèse a décidé lors de sa
séance du 23 mai 2006 de chercher à voir plus clair sur la situation
actuelle des établissements du premier degré : Peuvent-ils faire face à
cette augmentation de dépenses ?
Situation et perspective à moyen terme des petites structures.
J’ai donc proposé au CODIEC de réaliser une étude sur ces petites écoles,
d’autant plus que cette instance doit souvent prendre des décisions
au sujet d’une petite structure sans en connaître réellement la situation.
Et ses décisions ne devaient pas oublier le deuxième but opérationnel
de l’Axe 1 du projet diocésain de Haute Savoie : « Maintenir et
renforcer notre présence y compris par les petites structures. »
La méthodologie suivie
Sans reprendre une présentation de la méthodologie suivie, je vous
en donne les éléments essentiels.
Le but de cette étude était de donner un état de la situation de chacune
des petites structures et leurs perspectives à moyen terme. Le
CODIEC pourra ainsi décider du soutien à apporter à celles-ci dans leur
globalité ou de manière ciblée.
L’étude doit permettre également de répondre, pour chaque OGEC,
à la question : L’école fera-t-elle face à l’augmentation du coût du salaire
de la direction ?
Rencontre des responsables des écoles
La recherche d’informations pour effectuer cette étude est réalisée
directement auprès des responsables des établissements (Direction,
OGEC). Cela à oblige une à deux rencontres pour chacun des OGEC
concernés. La première permettant de présenter l’étude et de recueillir
les informations. La deuxième permettant de parfaire l’analyse et également
de la soumettre pour critique. La discussion porte sur les différents aspects
concernant l’école. La conclusion se fait autour de l’analyse
de situation (SWOT) (2).

Les analyses

En plus de l’analyse de situation, j’ai réalisé l’analyse financière en
reprenant les éléments de l’observatoire financier national « INDICES ».
Mais ces indicateurs qui permettent de donner une note globale d’ensemble
ne tenaient peu compte des particularités des petites écoles. Je
n’ai donc conservé que ceux de fonctionnement (ratios). Ils m’ ont permis
de calculer un coût moyen par élève.
Pour les dépenses, ils sont les suivants :
Ratio : Charges du personnel
Ratio : Energie-fluide
Ratio : Vie scolaire
Ratio : Maintien des locaux
Ratio : Frais de gestion
Ratio : Frais divers
Pour les ressources, ils sont les suivants :
Ratio : contribution directe des familles
Ratio : revenus des activités associatives
Ratio : participations publiques
Ratio : autres produits.
A chaque fois qu’il a été possible, nous avons intégré les dépenses
prises en charge par l’APEL pour la vie scolaire avec en contre partie les
ressources correspondantes (revenus des activités associatives).
La différence représentée par les ressources, calculées par élève, et
le coût pour les dépenses mentionnées ci-dessus permet de déterminer
la capacité d’autofinancement de l’établissement pour financer l’immobilier
(gros travaux) ou faire face à des dépenses supplémentaires, dont
celles de l’augmentation du coût de la direction.
Nous n’avons volontairement pas pris en compte les dépenses et recettes
liées à la cantine. De toute façon il aurait été très difficile d’établir
un comparatif sur le coût du repas par école.

Essai de notation pour le CODIEC
Au fur et à mesure des rencontres, nous avons pu estimer le degré
de soutien nécessaire à apporter par le diocèse à certains établissements.
Pour permettre d’établir des priorités, nous avons déterminé
une notation de 1 à 20 sur 20. Plus cette note est faible, plus le CODIEC
aura à apporter un soutien à l’établissement.
Cette notation est basée sur quatre critères (4 points par critère) :
1) La vie interne de l’école (notoriété, évolution des effectifs,
implication des parents…)
2) L’environnement externe (l’évolution démographique, les écoles
communales, l’attitude de la mairie, des autres communes…)
3) La situation immobilière…
4) L’autonomie financière…
Les principales conclusions
Forte mobilisation des parents
L’implication des parents dans la vie de ces écoles est généralement
très importante. Les responsables des associations APEL et Ogec fonctionnent
souvent en étroite collaboration. Reste un équilibre à trouver
dans leur implication vis à vis des équipes pédagogiques pour éviter
des conflits souvent par manque de connaissances des rôles et de la
place de chacun.
Bonne mobilisation autour du Contrat d’Association
L’année 2005-2006 est marquée par l’effort réalisé par de très nombreuses
petites écoles de finaliser le contrat d’association. La conséquence
est une sécurisation financière pour bon nombre de ces établissements
même si la négociation du forfait communal mériterait d’être
poursuivi dans de nombreux cas
Seuil d’effectifs pour lequel l’augmentation du coût est acceptable
Il semblerait qu’il y ait un seuil (effectifs par établissement), pour
lequel l’augmentation du coût de Direction semble pouvoir être prise en
compte, sans grande incidence, dans les comptes de l’école. Ce seuil se
situerait autour de 170 élèves, pour un coût de direction pour l’Année
2005-2006 de 30 Û/élève. A la fin de la période de revalorisation de l’indemnité
de Direction, ce coût aura doublé : 60 Û/élève.

Cas des 17 petites structures à moins de 170 élèves
Pour les 17 petites structures ayant moins de 170 élèves et dont le
coût de la direction représentera dans les années futures plus de 100
euros/élève, il y a plusieurs cas de figure :
1) L’OGEC fera face à ce coût supplémentaire mais cela se fera au
détriment d’engagements dans de gros travaux nécessaires au
bon état des locaux, ou de projets d’aménagements.
2) Il existe 4 cas d’OGEC regroupant de petits établissements pour
lesquels le regroupement en un seul établissement avec une
seule direction permettrait à l’OGEC de mieux faire face à cette
augmentation (Menthon-St-Bernard, Viuz-en-Sallaz, Villars-sur-
Thones, La Roche-sur-Foron).
3) Certains de ces plus petits établissements n’ont pas actuellement
les ressources suffisantes pour faire face à l’augmentation future
du coût de Direction. Ils sont en général connus et font déjà
appel à la solidarité diocésaine par l’UDOGEC.
Mise en place d’outils de gestion
La rencontre des responsables des OGEC de ces petits établissements
a mis en évidence que les outils de gestion de ces écoles sont
très divers, voire même inexistants. L’UDOGEC doit prendre en compte
cette situation et y apporter les solutions qui s’imposent. Une animation
réelle de réseau avec les outils actuels ( Internet) devrait faciliter ce
travail, si l’on en a la réelle volonté.
Les petites écoles : un réseau de communautés ecclésiales de base
Dans ma rencontre avec les responsables de chacune des écoles, je
posais toujours la question de savoir comment ils vivaient la spécificité
« catholique » de leur école. J’ai été heureux de découvrir que dans la
majorité des cas, ces responsables avaient des engagements dans leur
communauté paroissiale et que l’école devenait, d’une certaine manière,
un lieu d’évangélisation, dans la modestie de leur action, et dans le
respect des familles. Les équipes de bénévoles (APPEL, OGEC) sont
soudés et semblent former ces petites communautés que je qualifierai
maladroitement de « communautés ecclésiales de base », en lien avec
le curé (ou l’équipe de prêtres) de leur paroisse nouvelle (3).
J’ai évoqué ce point lors d’une présentation des conclusions de cette
étude pendant l’Assemblée générale du CODIEC où notre Evêque était
présent. Il a été sensible à cette conclusion. J’ai pu observer dès l’année
suivante, sa volonté d’un maintien de ce réseau de petites écoles, choix
politique que doit assumer actuellement le diocèse, s’il les considère
comme autant de lieux d’évangélisation possibles

Bernard LE ROUX

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(1) OGEC : Organisme de Gestion des Ecoles Chrétiennes. C’est une association (régie par la loi de
1901) composée de bénévoles et qui assure la gestion de (des) établissement(s). L’UDOGEC est
l’Union départementale de ces OGEC, jouant un rôle à la fois de fédération et de support juridique
à la DDDEC (Direction Diocésaine de l’Enseignement Catholique)

(2) L’analyse SWOT est un outil de gestion couramment utilisé pour l’analyser la situation globale
d’une organisation. SWOT signifie « Strenghts » (forces) « Weaknesses » (faiblesses)
« Opportunities » (opportunités) et « threats » (menaces).Cette approche tente d’établir un équilibre
entre les forces et les faiblesses internes de l’organisation et les menaces de l’environnement
externe.Le principe de cette approche est que les problèmes importants auxquels une organisation
doit faire face peuvent être déterminés grâce à une analyse approfondie de chacun des quatre éléments.
Des stratégies et des plans d’action peuvent être alors formulés pour régler ces problèmes.
Cet exercice effectué avec les responsables de l’Ecole a permis de bien résumer la situation.

(3) Paroisse Nouvelle : En France, la concentration urbaine et la désertification des campagnes
obligent la société à réorganiser le territoire pour créer de nouveaux centres d’intérêts et d’activités.
Il en a été de même pour les diocèses qui ont regroupé les paroisses en vue d’une vie communautaire
plus intense et plus apostolique.

NDLR : Ainsi à chaque fermeture de ces petites écoles de montagne, l’on constatait
la disparition d’une paroisse, les personnes impliquées dans les deux étant tout simplement
les mêmes. Ces constatations purement factuelles et mathématiques remises à
son évêque Mgr BOIVINEAU, ont fait immédiatement opter ce dernier, pour la
défense de toutes ces petites écoles, alors que le précédent évêque, Mgr Hubert BARBIER
(qui était parent de Bernard LE ROUX) avait fait l’inverse. Comme quoi il
ne faut pas baisser les bras, en se disant que tout est inéluctable et que l’on est seul
et que l’on ne peut pas agir. On peut faire revivre des régions entières en ayant ce
courage là, de révéler tout simplement la vérité. Depuis ce travail de Bernard Le Roux
et grâce à lui, aucune petite école n’a fermé.
   



François et Bernard Le Roux.