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EURL E-CHOPPES
Les Vierges couronnées
La présence d’une statue de Marie à l’entrée du collège est le
signe de la religiosité d’une époque. Au XIXe siècle, les Jésuites
encouragent la dévotion à Marie, qui connaît un grand essor. Des
pèlerinages anciens sont ravivés et des sanctuaires nouveaux, établis
sur les lieux des apparitions comme La Salette, Lourdes ou
Pellevoisin attirent des foules ferventes. Dans les paroisses, des
confréries organisent et encouragent la prière à Marie, comme le
Rosaire vivant, créé à Lyon par Pauline Jaricot. Le développement
de l’industrie et du commerce contribue à la diffusion de modèles de
statues de plâtre ou de fonte, comme celle du collège Saint Joseph.
En Marie sont vénérées à la fois la femme, mère et épouse, et la
reine glorieuse du ciel. Après la proclamation du dogme de
l’Immaculée Conception en 1854, de grandes cérémonies de couronnement
des vierges de pèlerinages sont organisées dans toute
l’Europe catholique. L’évêque de Poitiers couronna ainsi Notre-
Dame des clés en 1863 et Notre Dame de Pitié en 1873.
Jérôme Grévy
Professeur d’histoire contemporaine
à l’université de Poitiers
et directeur adjoint de Sciences-Po Poitiers

La Vierge couronnée des Feuillants
Lors de la dernière assemblée générale de
Laetare (2009), François MOREAU, ancien
notaire à Airvault, qui vient de rejoindre le
Bureau de l’Amicale a découvert qu’il possédait
chez lui une statue de la Vierge offerte
par une pèlerine étrangère. Il ne connaissait
pas l’origine de cette Vierge, mais en
venant aux Feuillants, il a découvert qu’elle
ressemblait quasiment trait pour trait à
cette Vierge située sur le perron en plein
centre de la grande terrasse. Le père
CATEAU nous a donné de très beaux clichés
que j’ai montrés à Philippe HUCHET de la Procure St
Hilaire à Poitiers, qui a immédiatement identifié cette
Vierge comme étant la Vierge d’OVERBECK. Cette information
nous a conduits au Larousse et à l’Encyclopédie
Universelle. OVERBECK, est un peintre allemand ayant
créé une petite communauté religieuse d’artistes chrétiens
à Rome du côté de la Trinité des Monts, ce groupe d’artistes
a vécu peu de temps, il s’intitulait les « Nazaréens ».

Alors comment cette Vierge a-t’elle pu arriver à Saint
Joseph ? Le Cardinal Pie est vraisemblablement à l’origine
du choix de la vierge d’OVERBECK pour St Joseph, à qui
il l’aurait sans doute offerte. En effet, nous le
savons le Cardinal Pie, originaire de
Chartres, dont la cathédrale est célèbre par
la Vierge de la belle verrière, se rendait souvent
à Rome et a dû connaître OVERBECK,
artiste honoré du Pape. Un élément corroborant
cette hypothèse est que nous avons trouvé
cette même Vierge au presbytère de la
cathédrale à Poitiers. Cette Vierge récemment
retrouvée dans la remise du jardin, la tête
séparée du corps et en mauvais état, le père de
SAGAZAN avec l’aide d’amis l’a fait ressouder
et repeindre, et maintenant elle trône au centre du jardin
du presbytère. Elle est ainsi à nouveau honorée après des
années d’abandon. On pourrait suggérer d’en faire autant
aux Feuillants, peut-être à l’occasion des fêtes mariales.
La Vierge d’OVERBECK est couronnée, reprenant une
tradition des vierges du Moyen-Age. En effet, il y a 150
ans, de nombreuses vierges ont été couronnées. En 1846,
lors de l’apparition, la Vierge l’était aussi à la Salette, mais
de roses, dont les couleurs variaient à l’infini.

Cette sculpture de la Vierge trône sur le haut du perron,
du côté de la grande façade classée du lycée, côté Clain,
c’est une Vierge couronnée qui fait partie de l’édifice construit
par les Jésuites. Située au beau milieu de la terrasse,
elle accueille les élèves qui entrent par le Boulevard.
Elle fait partie du bâtiment classé, car elle est placée sur
un socle de pierre en partie haute du perron prévu pour
l’accueillir. Si le Christ est présent sous l’insigne des
Jésuites (IHS), sur la façade elle-même y figurant en plusieurs
endroits, la Vierge est là grandeur nature qui domine
les cours du bas.

Cette Vierge en métal, de haute stature est peinte en
blanc. Elle porte devant elle, l’enfant
Jésus qui ouvre largement
ses deux petits bras, elle a de
longs cheveux blonds et une couronne
sur la tête.
Cette Vierge a donc pour modèle
une oeuvre du peintre Johann
Friedrich OVERBECK, peintre
allemand, chef de l’école romantique
catholique en Allemagne. La
représentation de cette Vierge
Mère portant ainsi l’enfant Jésus
est également présente en d’autres
lieux en France. Deux versions de
taille plus modeste se trouvent,
l’une à Peyrilhac dans le Limousin, éditée entre 1909 et
1920, elle est appelée « Vierge mère », dite d’Overbeck, et
l’autre à Madaillant dans le Lot et Garonne.


Voici donc en résumé, la vie de ce fameux peintre allemand
Johann Friedrich OVERBECK, inspirateur de cette belle et
majestueuse vierge mère. Fils d’un écrivain allemand,
auteur de lieder, maire de Lübeck et également Président
du Tribunal de Lübeck. Il est né à Lübeck en 1789, et mort
à Rome en 1869. Protestant, mais de nature essentiellement
mystique, il commença ses études chez Joseph PEROUX à
Lübeck (Allemagne) à l’âge de 16 ans. Puis, en 1806, il
visita la ville de Hambourg, il fit alors connaissance avec
RUNGE et TISCHBEIN, et entra à l’Académie des Beaux-
Arts de Vienne en Autriche à 17 ans pour y étudier la peinture.
Là, il subit l’influence d’Erberhard WACHTER.
En 1809, il fonde la confrérie ou guilde de Saint Luc, (St
Luc étant le Saint patron des artistes peintres, intercesseur
des guildes de peintres du Moyen Age), qui réunit un
groupe d’artistes qui s’oppose au classicisme académique,
avec les peintres VOGEL, Franz PFORR, WINTERGEST,
SUTTER, HOTTINGER. Ils se réfèrent à l’art du Moyen
Age, qu’ils ont redécouvert au Musée du Belvédère de
Vienne, contre l’esthétique du baroque tardif de leurs maîtres.
Pour eux, la vie et l’art devaient s’interpénétrer et ne
devaient pas être réservé au cercle des initiés, à une élite.

Franz PFORR deviendra par la suite son ami, il en exécutera
d’ailleurs un portrait en 1810 qui se trouve au
musée de Berlin. Et cette même année 1809, il se rend
avec d’autres artistes membres de cette guilde à Rome, et là
ils décident de s’installer dans le couvent abandonné de San
Isidoro sur le Pincio, près de la Trinité des Monts, fondant
la confrérie de San Isidoro, qui par un effort comparable à
celui des Préraphaélites en Angleterre (comme Holman
HUNT, célèbre par son tableau la lumière du monde) font
revivre l’idéalisme naïf des peintres italiens des XIV et
XVème siècles, GIOTTO, FRA ANGELICO et PERUGINO,
maîtres du début de la Renaissance. Ils s’occupent principalement
de peinture à fresque, genre oublié dans leur
pays. Ils y mènent une sorte de vie claustrale, qui leur fait
donner le nom de « Nazaréens ». Ce nom de « Nazaréens »
venait également de leur coiffure, car ils portaient les cheveux
longs avec une raie au milieu, à l’imitation de la coiffure
de Jésus. Leur modèle d’artiste était Albert DÜRER,
qui lui aussi portait cette même coiffure.
En 1813, OVERBECK qui était protestant mais de nature
essentiellement mystique, se convertit au catholicisme
et rassemble autour de lui un groupe d’artistes résolus à
doter leur patrie d’un art mystique. CORNELIUS qui était
catholique se rallie à eux également en 1813. Les membres
de la confrérie furent nommés en Allemagne chacun à un
poste honorifique dans le domaine artistique, seul OVERBECK
resta en Italie.

Le Consul d’Allemagne auprès du Pape, BARTHOLDY, lui
propose de peindre à fresque l’histoire de Joseph en Egypte,
avec son collègue Pierre de CORNELIUS, dirigeant le travail,
dans l’une des grandes salles de sa maison où OVERBECK
peint les sept vaches maigres et Joseph vendu par
ses frères, 1816-1817, aujourd’hui au Musée National de
Berlin. Les deux artistes s’adjoignent VEIT et SCHADOW.
OVERBECK et CORNELIUS peignent ensuite de concert de
1818 à 1819 un vaste salon à la Villa Massini sous la direction
d’OVERBECK. Les thèmes sont empruntés à Dante,
au Tasse et à l’Arioste. OVERBECK traite personnellement
avec une distinction sans ascétisme une allégorie de la
Jérusalem délivrée et l’épisode de la mort de Gildippe,
mais OVERBECK revient ensuite à la peinture religieuse.
En 1829, il exécute à Assise une fresque dont le thème
est le Miracle des roses de Saint François dans la basilique
S. Maria degli Angeli sur la façade extérieure de la chapelle
de la Portioncule.

Vinrent ensuite les fiançailles de la Vierge (peinture à
l’huile), le Christ au jardin des oliviers, (Hôpital de
Hambourg), la Sainte Famille, Elie montant au ciel, et l’entrée du Christ à
Jérusalem en 1824 dans l’église Sainte
Marie de Lübeck, (église qui a été
détruite en 1942), le Magnificat des
arts (Institut Stoedel à Francfort en
1840) ou le triomphe de la religion dans
les arts, la mise au tombeau (Musée de
Lübeck), l’Italie et la Germanie, figures
allégoriques 1811-1828 au château de
Schlossheim puis à la nouvelle pinacothèque
de Munich, le Christ, Marthe et
Marie 1812-1816 (Musée de Berlin), l’incrédulité
de St Thomas 1851
(Scweinfurt, collection de Schäfer.)



L’influence d’OVERBECK fut immense sur la peinture
d’église de la 2nde moitié du 19ème siècle, à côté de ses portraits
« Auto-portrait » 1809 (Musée de Lübeck) et « portraits
de sa famille » 1820-1830 (Lübeck, Behnhaus).
En plus de sa riche personnalité, le style d’OVERBECK
s’apparente étroitement à celui des maîtres du début de la
Renaissance. Les musées de Berlin conservent la plus
grande partie de ses dessins.
Finalement il réside en Italie, jusqu’à sa mort, à part un
séjour qu’il fait en Rhénanie en 1831. Il résidera durant 50
années à Rome, étant honoré du Pape, et travaillant sur de
nombreux sujets. Pour OVERBECK, l’art s’adresse à tous
et non pas à une élite.
En 1840, il refuse le réalisme et lui préfère l’idéalisme.
Dès 1855, les Nazaréens sont mis à l’écart en Allemagne.
La confrérie sera dissoute en 1818, cela n’aura pas duré
très longtemps. Mais cependant les Nazaréens auront
influencé en France des artistes, comme INGRES, PUVIS
DE CHAVANNES et les Nabis (Maurice DENIS).