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EURL E-CHOPPES
Saint Padre Pio
Lors d’une messe de semaine, célébrée le mercredi
23 septembre 2009 jour de la fête de Saint Padre
Pio, j’ai appris la rencontre personnelle du Père Jean
BERTHELOT avec le Padre Pio.
Monsieur l’abbé Berthelot, vous êtes né le 1er juin
1947 et avez passé votre bac à Saint Joseph en 1964,
c’est donc avec de l’avance (2 ans), que vous avez été
reçu bachelier, section « sciences-ex ».Vous avez eu
le père Yves BOUTIN et le chanoine Jean QUINTARD,
en tant que professeurs de mathématiques.
Leur spécialité : enseigner dans la bonne humeur, et
c’est ainsi, qu’ils vous ont donné un goût immodéré
des maths. Le chanoine QUINTARD, surtout ne
se départissait jamais de cette joie contagieuse l’année durant, à la surprise générale
des élèves. Naturellement, vous entrez en Mathématiques-Physique à Poitiers.
Mais la joie permanente dans laquelle vivait le chanoine QUINTARD ne venait
pas de la matière enseignée, les mathématiques, cela venait d’ailleurs. Dans sa paroisse
de Sainte Bernadette lors de ses homélies, il ne pouvait parler sans rire et faire
rire.Vous atterrissez ainsi en Octobre 1965 à Rome, à la Grégorienne (3 ans) puis
à l’Université Pontificale du Latran (4 ans).A peine obtenue votre licence de théologie,
vous partez au service militaire (1972-1973), où grâce à une erreur administrative
qui vous fait considérer comme déserteur, vous vous retrouvez providentiellement
(donc près de chez vous) au camp semi-disciplinaire de la Braconne près
d’Angoulême, comme maréchal… des logis. De retour
à Rome vous y êtes ordonné, 11 ans après votre départ
de Saint Joseph, le 5 juillet 1975, en l’Année sainte, et
nommé dans une paroisse de Gênes. Enfin après 40 ans,
vous retournez définitivement au pays.
Maintenant, Père Jean, racontez-nous votre rencontre
avec Padre Pio, Saint Pio de Pietrelcina, comme nous
pouvons l’appeler maintenant, qui toucha au plus profond
de leurs âmes, des centaines de milliers de fidèles,
par sa manière de célébrer la messe, de les confesser et
de soutenir les brebis malades, blessées et accablées de
misères cachées. En cette année que nous vivons avec le
Saint Curé d’Ars, dites-nous, ce que ce moment privilégié
vous a apporté.

Mon cher docteur,
Vous m’avez bien pris au dépourvu, l’autre
jour en me demandant d’écrire quelques mots
sur Padre Pio (St Pio de Pietrelcina † 1968) pour
les « anciens de St Jo ». Forcé de pressurer mes
pauvres neurones, quelques souvenirs de cette
époque déjà lointaine me sont revenus à la surface…
Je vous les livre, sans trop chercher à vous
écrire un « récit suivi » (St Luc, Prologue), je préfère
rendre palpable, à toi ami lecteur et souvent
ancien camarade, l’incroyable impact que cette
rencontre de 10 minutes a eu sur ma vie depuis
maintenant 40 ans.
C’était en 1968, dans les jours qui suivaient
Pâques. Padre Pio, à la surprise de tous, cette année-là, avait donné luimême
aux fidèles la Sainte Communion le Jeudi Saint, ce qu’il ne faisait
plus depuis longtemps, en raison de son état de santé. Mon père spirituel,
de son côté, m’avait dit d’aller me confesser à Padre Pio, il s’était
arrangé pour que j’ai de quoi y aller, et je m’étais donc retrouvé avec
plusieurs amis à San Giovanni Rotondo que l’intense présence de Padre
Pio transformait progressivement en une importante cité, avec le plus
remarquable hôpital d’Italie, la Casa Sollievo della Sofferenza, entièrement
et aussi miraculeusement construit avec les deniers qui se multipliaient
sous les pas du saint homme.

Quoique séminariste et donc quelque peu « privilégié » pour accéder
au Padre, je dus faire comme tout le monde, obtenir un billet du
Padre Giacomo, où était imprimé un numéro d’ordre de passage. Mon
numéro devait friser les 200 et quelques, un rapide calcul me donnait la
scientifique certitude que j’en avais au moins pour 4 jours d’attente
patiente et priante, 4 ou 5 nuits d’hôtel aussi… Commencèrent donc ces
4 (ou plutôt 5) jours d’attente interminable. Chaque matin, l’arrivée du
Padre, à son corps défendant déplaçait sur le passage de son fauteuil
d’infirme des foules ferventes. Certaines pieuses âmes, armées de
petits ciseaux, s’approchaient subrepticement, échappant à la vigilance
des religieux qui l’entouraient, tel un rempart aux nombreuses brèches
par lesquelles ces combattants s’infiltraient et récupéraient des petits
morceaux du tissu de sa pauvre bure vite transformée en gruyère, malgré
les coups de cordon que distribuait généreusement Padre Pio pour
modérer ces activités « déchirantes ».
Il ne nous restait dès lors qu’à rentrer dans l’église (pendant ce temps,
de son côté Padre Pio, arrivé à la sacristie, revêtait ses ornements) et à
grimper à l’étage d’où nous autres, petits privilégiés, nous avions une
vue plongeante sur l’autel, et donc sur celui qui allait y célébrer.
Alors la Messe commençait. Mais au fait, quelle heure était-il ?
4h30 environ, mes amis ! Ces quelques Messes d’un vieil homme épuisé,
assis devant l’autel parce que ses pieds transpercés ne le soutenaient
pas, ces Messes dites (c’était le seul moment) sans les mitaines
qui cachaient habituellement les mains mystérieusement blessées, c’était
quelque chose de prodigieux. Padre Pio célébrait, il était là, mais il
était manifestement ailleurs, il priait, voyez-vous, il priait, il était abîmé
dans une Présence, celle du Seigneur du Ciel et de la Terre, je ne crois
pas qu’il voyait la foule des fidèles qui le fixaient intensément ; pour un
instant on comprenait mieux les vieux enseignements qu’ânonnaient
nos catéchismes, il était en voyage au Calvaire, voilà. On n’en ressortait
pas plus saints, mais au moins décidés à envisager nos vies dans une
autre lumière, celle, invisible, qui émanait du Padre et qui vous touchait
au plus intime.
Dans cet état d’esprit, c’était quelque chose de faire notre « examen
de conscience » ! On le savait, Padre Pio voyait l’état de l’âme de
son pénitent. Impossible de « cacher » à l’homme de Dieu, tout comme
à Dieu qui sait toute chose. On nous avait dit que le Padre ne comprenait
que l’italien, et qu’il était assez sourd… Bizarrement, au loin dans
le couloir où nous attendions notre tour, on entendait le Padre qui passait
à l’un une semonce dont il se souviendrait toute sa vie. D’autres
confessions se passaient dans un murmure à peine audible. Arrivé enfin
à ses pieds après 5 jours, il écouta ce que j’avais à lui dire dans mon italien
laborieux (mais j’avais préparé cela, 5 jours, vous savez !) mêlé de
latin. Il me demanda à un moment avec un regard transperçant « l’hai
gia detto ? » « tu l’as déjà dit ? ». « Si, Padre », alors il fit un geste de la
main balayant l’espace qui disait clairement « alors n’y reviens pas ! ».
Puis l’absolution, et la bénédiction d’un chapelet. Voilà, c’était fini.
Depuis, je n’ai jamais pu célébrer un baptême sans me sentir bouleversé
jusqu’au tréfonds, le sacrement de Réconciliation a gardé en moi une
formidable importance pour les fidèles et pour moi, la Messe n’a jamais
été un moment d’ennui à passer le plus agréablement possible, mais…
je vais vous dire une drôle de chose, c’est pour moi chaque jour une
« opération de chirurgie cosmique », un moment irremplaçable où le
Ciel est en contact vivant avec la Terre, avec les âmes abandonnées,
avec les pauvres lointains ou prochains, avec les âmes qui ont abandonné
cette Réalité. Cette Réalité qui lance son Appel au coeur de chacun
pour l’ouvrir à la Vérité. Mon cher Padre Pio, prie pour nous de là
haut, où tu goûtes la récompense de tes douleurs acceptées avec tant
de patience.